Article d’Arnaud LABORDERIE

    Aujourd’hui, le « musée virtuel » est un continuum constitué par le site web et les catalogues en ligne, par des outils multimédias implantés dans l’espace muséal ou disponibles sur téléphones mobiles, enfin par la présence du musée sur les réseaux sociaux. L’objectif est d’assurer une bonne visibilité du musée sur Internet et une meilleure fréquentation de ses espaces publics. Ainsi les dispositifs multimédias se doivent-ils d’être présents dans les trois temps de la visite : avant, pendant et après.


    En 1994, Évelyne Lehalle définissait l’accueil dans les musées comme une « notion large dans le temps (avant, après, pendant la visite) et dans l’espace (ne pouvant se réduire au seul hall d’arrivée des visiteurs ou à une billetterie et un vestiaire) »1 .

    Aujourd’hui c’est au multimédia d’être présent dans ces trois temps d’une visite à la fois dématérialisée sur le web et rematérialisée dans des dispositifs numériques à utiliser sur place.

    Le site web officiel, et les sites spécifiques réalisés pour des expositions ou sur des sujets particuliers, s’inscrivent dans la logique d’une préparation de la visite. Ils doivent avant tout livrer les informations pratiques, permettre les réservations (billetterie), et faire la promotion de l’offre culturelle (lettre périodique d’information, abonnement à un flux RSS, par ex.). Autre mission essentielle du site web, offrir le catalogue en ligne des collections du musée : inventaire des œuvres, archives, médiathèque, dossiers… avec ou sans recherche fédérée. Désormais, l’institution se doit d’être aussi présente sur les réseaux sociaux afin d’élargir son audience et de faire connaître son actualité : Facebook, Twitter, Flickr, Youtube ou Second Life sont d’importants relais d’opinion. Jean-Pierre Dalbéra souligne qu’une personne supplémentaire est nécessaire pour faire vivre le musée sur ces réseaux, alors même que les résultats sur la participation des publics sont encore contrastés.

    Les outils d’accompagnement du public pendant la visite évoluent rapidement. Applications pour smartphones et autres produits éditoriaux payants ou gratuits pour supports mobiles, de type « aide à la visite », se font plus fréquents. Ce peuvent être des guides multimédia pour découvrir les collections du musée et leur implantation dans l’espace muséal – telle l’application Iphone du musée du Quai Branly –, ou des supports propres à une exposition temporaire, comme l’application Iphone de l’exposition Monet. Ces « visioguides », téléchargeables à distance, se substituent aux traditionnels audioguides, avec l’avantage que le visiteur peut les garder et les revoir après la visite. De nouveaux services apparaissent sur téléphone mobile par reconnaissance d’image et connexion au site correspondant : ce sont les codes-barres 2D (dont les déclinaisons les plus connues sont les QR Codes et Flashcodes), dispositifs de réalité augmentée présents sur le cartel des œuvres, qui permettent de faire le lien entre l’œuvre originale et des informations disponibles sur Internet. Pour l’exposition « Costumes d’enfants », le musée Guimet a employé les deux dispositifs, application téléchargeable sur iTunes (et Android Market pour 2,39 €) et accès par Flashcode.

    Si les codes-barres 2D permettent de collecter des liens, les puces RFID, associées au billet de l’exposition, proposent des parcours secondaires, à thèmes ou pour un public spécifique (jeunesse ou handicapé par exemple), à l’intérieur du parcours principal de l’exposition. On peut ainsi faire une enquête, collecter des informations complémentaires sur les œuvres, et les retrouver sur Internet en se connectant au site de l’exposition.

    Le multimédia dans l’espace muséal

    De tels dispositifs numériques in situ sont en plein essor. L’objectif est d’intégrer le multimédia dans l’espace d’exposition et d’imaginer une muséographie interactive. Les installations numériques de type bornes d’exposition, feuilletage d’albums ou de manuscrits, projections d’images, deviennent courants, car ils permettent médiation et actions pédagogiques. Le recourt à la 3D est ainsi particulièrement efficient pour restituer des sites archéologiques ou habiller un espace à la manière du Moyen Âge en réalité augmentée.

    Cependant, l’intégration des écrans numériques in situ pose problème. Conservateurs et commissaires d’exposition restent réticents à placer des écrans à proximité des œuvres. Les dispositifs multimédias sont le plus souvent relégués dans des espaces documentaires séparés, sans vraiment trouver leur place dans le parcours de l’exposition.

    Pourtant, un feuilletoir numérique permettant de feuilleter les pages d’un manuscrit ancien, serait pertinent à côté de l’original ouvert par force à une seule double page. Il est pérenne alors que le manuscrit, sensible à la lumière, est soumis à de strictes contraintes d’exposition (3 mois tous les 5 ans).

    En tous cas, il s’agit d’intégrer intelligemment bornes multimédias et cartels numériques dans les espaces d’exposition, afin que l’écran n’écrase pas l’œuvre. On peut voir un exemple d’intégration réussie à la Cité de la Musique à Paris, ou au château des Ducs de Bretagne à Nantes.

    Des besoins d’expérimentation

    L’équilibre à trouver entre l’œuvre et l’écran ne va pas sans laboratoires d’usages, sans espaces d’expérimentation où évaluer les technologies numériques pour le monde culturel. Le Louvre fait figure de pionnier en ce domaine avec MuseumLab, un programme développé en partenariat avec Dai Nippon Printing (DNP) à Tokyo. Autour de La Vierge au lapin du Titien, on peut ainsi écouter le conservateur, observer l’œuvre à la loupe, et « marcher » dans le tableau, grâce à un dispositif de réalité augmentée découpant les différents plans de la peinture.

    En France, c’est le centre Erasme, à St-Clément-les-Places près de Lyon, qui mène des expérimentations de dispositifs multimédias et d’installations numériques, avec le programme MuseoLab. Il assure, selon Jean-Pierre Dalbéra, « une véritable mission de service public ».

    Innovations culturelles numériques

    A Venise, ville qui a explosé au niveau de la création artistique, le spectacle multimédia de Peter Greenaway, « les Noces de Cana », a marqué les esprits. Pour Jean-Pierre Dalbéra, c’est sans doute là que se préfigure le musée du futur, avec la Fondation Cini ou la Fondation Vedova. Mais Paris n’est pas en reste : avec l’exposition Révélations, le Petit Palais présente une étonnante « odyssée numérique dans la peinture », sponsorisée par Samsung, et le laboratoire LEDEN de Paris 8 est à la pointe des expérimentations et dispositifs innovants pour la valorisation du patrimoine culturel et scientifique, avec la plateforme CultureLabs ou ses Entretiens pour l’innovation. A suivre, car là se joue l’avenir de nos musées.

    Liens contextuels :

    1 Évelyne Lehalle, 1994. « L’accueil dans les musées », Dossier Publics & Musées n° 4. Lyon, PUL, pp. 83-87.

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