Article d’Arnaud LABORDERIE

    Comment le musée a-t-il intégré les nouvelles technologies et les dispositifs numériques ? Depuis les années 1990, Jean-Pierre Dalbéra est aux avant-postes en matière de numérisation du patrimoine et de valorisation des collections muséales par les techniques multimédias. Expert TIC et Culture, ancien responsable de la Mission Recherche et Technologie au ministère de la Culture, il interroge, au regard de son expérience, la place du numérique dans les musées, et dessine ce que serait un « musée virtuel ».

    Renouveau des musées

    Pour Jean-Pierre Dalbéra, c’est l’ouverture du Centre Pompidou en 1977 qui a donné un point de départ au renouveau des musées, en conférant un rôle majeur aux architectes. Bien qu’il soit dommage que l’espace muséal privilégie parfois l’esthétique architecturale au détriment des besoins de conservation ou d’exposition, les architectes ont transformé l’image des musées, redynamisés par la création d’institutions nouvelles, tel Bilbao le musée Guggenheim de Bilbao (F.O. Gehry, 1997, qui s’inscrit également dans un cadre de la rénovation d’un centre-ville), ou par des rénovations muséales exceptionnelles, comme l’extension du Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía à Madrid (Jean Nouvel, 2005).

    Pour autant, comme le souligne Jean-Pierre Dalbéra, « le site internet n’est pas à la hauteur du geste architectural ». C’est vrai pour le Centre Pompidou à Paris, au site illisible et terriblement vieilli. C’est encore plus vrai pour le Centre Pompidou à Metz, ouvert en 2010, dont le site Internet cède au standard actuel d’une maquette typique de blog – « entête / trois colonnes  / pied de page ». Le site, assez triste avec ses aplats noirs, ne restitue rien de l’architecture innovante de Shigeru Ban et Jean de Gastines. Seul un filigrane gris en nid d’abeille en fond de page est censé rappeler le maillage de l’étonnant toit du bâtiment.

    Le site web du Museo Reina Sofia se distingue par la richesse des contenus et sa forte présence, celui du Guggenheim Bilbao par son ergonomie et ses services au public, mais tout cela n’est pas très créatif comparé à la puissance des architectures.

    Jean-Pierre Dalbéra constate que « l’arrivée des CMS a provoqué une standardisation du web ». Il exhorte les concepteurs multimédias à être aussi originaux et innovants que les architectes. Car la standardisation ne nuit pas toujours à l’innovation. Ainsi du musée du quai Branly (Jean Nouvel, 2006) dont le site web propose un système complet d’informations, le plus documenté et le plus riche possible, avec des objets en 3D, des modules pédagogiques Flash, un parcours interactif des espaces muséaux… tout en assurant une forte présence des dispositifs numériques dans l’intérieur même du musée.

    Politiques culturelles et pratiques numériques

    Le renouveau des musées s’est traduit par de nouvelles politiques culturelles et de communication, mises en œuvre dans une volonté de cohérence : accueil des publics, expositions temporaires, édition, médiation culturelle, valorisation des collections, enfin partenariat et recherche de mécénat.

    Internet et l’irruption des nouvelles technologies dans l’espace public changent la donne et créent de nouvelles contraintes pour les institutions. L’enjeu désormais est de faire une place aux technologies numériques et de redéfinir le rôle du musée comme à la fois auteur, éditeur, producteur et diffuseur de contenus multimédias. Un rôle qui modifie profondément les échanges et relations avec les publics.

    Si quelques musées phares, tels Le Louvre ou le Quai Branly, ouvrent la voie en réinventant leurs pratiques culturelles, beaucoup reste à faire. Jean-Pierre Dalbéra regrette que peu d’institutions culturelles aient modifié leurs pratiques culturelles et transformé leur organisation pour bénéficier pleinement du numérique.

    Car là est l’enjeu : changer les méthodes et outils de travail internes aux musées – mise en place d’un Intranet, circulation des informations sous une forme numérique, création d’espaces collaboratifs pour la préparation des projets – mais aussi faire évoluer les métiers, dans l’intégration et la gestion des ressources, dans la relation avec les partenaires et avec les visiteurs. La place est à faire, aux cotés des informaticiens et des administrateurs réseaux, à des chefs de projet numériques, des éditeurs multimédias, des médiateurs assurant la présence du musée sur les réseaux sociaux.

    Pour rester attractif, face à la concurrence des autres institutions et des médias, le musée doit innover. Il s’agit de surprendre, attirer l’attention, émouvoir, élargir, fidéliser les publics, renouveler l’image du musée. Diffuser les connaissances mais aussi savoir les partager, solliciter des mécènes pour valoriser espaces et collections. Voilà le défi du musée au XXIe siècle : intégrer le numérique dans la stratégie globale de l’établissement. Peu de musées y parviennent aujourd’hui.

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