(Article librement rédigé d’après l’intervention de Gonzague Gauthier, webmestre, community manager au Centre Pompidou, responsable projet mobile / Mardi 17 janvier 2012, Rencontres Crosse média, Paris, La Gaîté Lyrique : « La reconnaissance d’images sur smartphone, usages et perspectives avec l’application Blinkster »)


    Exposition au Centre Georges Pompidou
    A l’heure du web 2.0 et du web sémantique, Gonzague Gauthier, à travers l’application
    Blinkster offre aujourd’hui la possibilité de penser la manière dont « l’institution transmet des savoirs » et comment elle choisit ou non de partager ce rôle de producteur de connaissance avec son public. Pour le dire autrement, il s’agit d’établir et de questionner quelle volonté de médiation documentaire l’institution a choisi de mettre en œuvre.

    Parmi les pratiques de médiation initiées par les musées, la médiation documentaire pose la question majeure de la re-contextualisation des œuvres d’art. « La médiation met en place, grâce à un tiers, des interfaces qui accompagnent l’usager et facilitent les usages. Elle permet de créer un lien et de concilier deux choses jusque-là non rassemblées pour établir une communication et un accès à l’information » [1]. La question de la médiation documentaire, place ainsi le musée dans une position de producteur d’information et de communication, qui se doit aussi d’être un intermédiaire entre ses collections-expositions et son public. Les musées ont traditionnellement introduit des formes de médiation afin de documenter des objets initialement dispersés, regroupés par la constitution en collections : cartels, documents textuels disponibles dans les lieux d’expositions, médiateurs oraux, etc.

    Le développement des nouvelles technologies d’information et de communication amène naturellement cette question de la médiation documentaire à se remettre en question. Le débat fondamental sur le contenu de la documentation des œuvres  se poursuit (Quel « péritexte» pour l’œuvre ? Qui en est l’auteur ? Jusqu’où doit aller la médiation documentaire des œuvres ?) ;  le numérique pose la question des nouveaux supports de médiation.

    Le numérique renouvelle-t-il la médiation documentaire ? En terme de contenu, les pratiques numériques conduisent-elles à une médiation documentaire augmentée, ou à une simple redondance de l’information transmise ? Plus précisément, que propose un modèle comme Blinkster en terme de médiation documentaire mobile ?

     

    Blinkster, entre outil personnel…

    L’application Blinkster est un dispositif mobile permettant de relier un utilisateur à une somme d’informations, et se place donc bien dans l’espace de la médiation documentaire. Se voulant la plus exhaustive possible, et présentant quasi-exclusivement du texte, cette application prend appui sur le geste habituel de l’amateur d’art, qui durant sa visite, peut être susceptible de garder une trace d’une œuvre en la photographiant. A ce titre, l’usage de l’outil personnel qu’est le smartphone qui intègre la photographie et se substitue de plus en plus à l’appareil photographique dans son usage courant, semble pertinent. De même que pour la praticité et la généralisation de cet appareil vers un public de plus en plus grand. L’application Blinkster permet à chacun de faire sa visite comme il l’entend et d’avoir des informations plus complètes seulement lorsqu’il le désire.  Le téléphone devient ici l’intermédiaire et « fait écran », au sens propre comme au sens figuré, aux œuvres. Par l’action de cadrer qui induit l’acte de regarder, la reconnaissance visuelle par l’œuvre est un bon choix, qui ne disconvient pas aux exigences de la visite muséale.

    Comme l’explique Gonzague Gauthier, le choix et la volonté du Centre Pompidou est bien de mettre en place une médiation légère (pas de suppléments à la signalétique existante dans l’espace, comme l’utilisation de QR codes) et de rester dans une médiation directe, simplifiée et in situ. Même si cette médiation documentaire se plaçant dans le même temps que celui de la visite peut encore être sujet à critique et être juger, à certains égards et pour certains, déjà trop présente.

    Application Blinkster

    … et pratique communautaire

    Les premiers pas de l’application n’induisent pas une révolution en matière de médiation, ce qui est cohérent avec l’état d’esprit du projet initial visant la simplicité du dispositif, et à la volonté d’inclure la documentation existante (cartels, référencements des œuvres, etc) dans la nouvelle application. Le point important est que celle-ci s’inscrit ensuite dans un dispositif plus global (elle œuvre pour une convergence au sein de l’« écosystème numérique du Centre Pompidou », dans une « continuité des écrans »), qui peut permettre de mettre en mouvement les différents pôles que constitue le Centre Pompidou, à savoir, le musée en tant que tel, mais aussi les différentes bibliothèques (une générale et une très spécialisée), ce qui permet  de lier les différents univers.

    De même cette idée de « continuité des écrans » se retrouve dans le désir de diversification de contenus hiérarchisés liés à chaque œuvre : différents niveaux de lecture allant du simple cartel, à la biographie de l’artiste, aux données présentées sur Wikipédia, etc. Il y a différentes voix en présence, « de l’institutionnel, d’amateurs ou d’experts à propos d’œuvres d’art.[2] ». (Point de vues multiples, mutualisation des connaissances).

    L’application Blinkster, en tant qu’exemple singulier s’inscrit  dans un contexte qui lui est propre, celui de son institution. Les intentions rattachées à ce projet sont ainsi le reflet des politiques menées par le Centre Pompidou et de l’esprit de son origine et sa logique identitaire d’ouverture. (Architecture ouverte sur la place publique, qui s’inscrit dans la Cité.) Dans cette optique, l’idée soutenue à travers Blinkster est la création d’une communauté d’usagers constituée des différents publics du Centre. L’un des objectifs étant d’ouvrir l’accès à ces données au plus grand nombre, de manière gratuite mais également, en amont, d’ouvrir la création du contenu aux amateurs et non plus seulement aux professionnels de la médiation-documentation. (Partage & annotation, « crowdsourcing » et intelligence collective) (Wikimédia). Cet aspect collaboratif poussé jusqu’à l’ouverture aux réseaux sociaux peut sembler risqué, et  questionne sur une éventuelle dispersion et un côté « invasif» de  l’application qui lui ferait perdre sa discrétion première.

     

    L’évolution permanente des pratiques de médiation numérique dans l’univers culturel semblent en tout cas aujourd’hui s’ouvrir aux fonctionnalités courantes du web 2.0 et du partage des données. Dans ces recherches permanentes, le Centre Pompidou semble être un acteur toujours présent, notamment grâce à l’IRI, à son séminaire Muséologie, muséographie et nouvelles formes d’adresse au public, et bien sûr dans son projet global du Centre Pompidou Virtuel, qui malheureusement tarde à se mettre en place, encore à l’heure actuelle, mais dans lequel l’application Blinkster poursuivra ses développements.

    Bien qu’il soit impossible d’établir un véritable bilan sur la médiation documentaire au travers d’un outil d’usage courant et personnel tel que le smartphone, il est possible d’affirmer que le point fondamental reste celui de l’usage social d’un dispositif qu’il soit technologique ou non. Car s’il va de soi, que cette application à travers ses caractéristiques peut amener à une médiation « augmentée » (par l’outil, le partage et la co-création), il reste à apprécier si sur la durée le dispositif offre une réelle plus-value du contenu et l’assimilation des connaissances par les utilisateurs. Le concept  d’intelligence collective est, pour Blinkster
    , sa force et sa faiblesse. Sa réussite sur la durée est fragile car elle tient, en effet, essentiellement à la participation ou non du public, et à l’usage réel qui sera fait de l’application. Dans le champ (nouveau) du numérique, et à différents niveaux, le dernier mot appartient encore et toujours au public…

     

    Par Laura Bayod et Alexandre Jas (Master II NET) 

    Images Flickr / Creative Commons Certains droits réservés par Lorena Biret


    [1] LIQUÈTE Vincent et al., « Faut-il reconsidérer la médiation documentaire ? », Les Enjeux de l’information et de la communication, 2010/Dossier 2010, p. 43-57.
    [2] http://www.blinkster.eu/fr

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