Blinkster est une application mobile permettant aux détenteurs de smartphones d’avoir accès à des contenus informatifs sur des œuvres d’art en les photographiant simplement. Cette application, testée au Centre Pompidou, peut s’appuyer sur un projet préexistant : le Centre Pompidou Virtuel et sa banque de données. Ce projet s’inscrit dans la continuité de la médiation existante au Centre Pompidou, il permet d’orienter le regard du visiteur vers une autre façon de visiter un musée. Bien sûr, pour que l’application fonctionne il faut que la banque d’information soit exhaustive, mais requiert aussi l’adaptation de cette technologie à l’espace muséal qui reste inchangé.

    Blinkster au centre pompidou

    Cette application est novatrice au sens technique du fait que la reconnaissance d’image ne repose ni sur des QRcode, ni sur la technologie RFID. En effet, lorsque vous prenez une photo d’une œuvre via Blinkster, un algorithme permet d’identifier votre photo et de la comparer avec les photos présentes dans le serveur distant, avant de vous renvoyer les informations correspondantes. Afin de maximiser l’efficacité du service, chaque œuvre a été prise sous plusieurs angles, avec et sans flash, et même avec les reflets des vitrines, ce qui rend la reconnaissance de l’œuvre plus facile.

    Captures d'écran BlinksterCaptures d'écran BlinksterCaptures d'écran Blinkster

     

    Celle-ci a été créé afin de proposer une alternative aux outils de médiation classiques tels que les cartels explicatifs. En effet, le visiteur s’accroche à un repère, son smartphone est comme un prolongement de l’audioguide.

    On peut évidemment se projeter dans l’avenir et penser à Blinkster comme seul outil de médiation tant son utilisation est ludique et complète. Cette application répond aux besoins d’un certain public connaisseur des nouvelles technologies qui veut toujours plus d’informations sur les œuvres proposées, mais surtout qui veut aller plus loin dans la compréhension d’une œuvre. Grâce à Blinkster, la visite est plus ludique, le visiteur a accès à des notices explicatives mais aussi à des commentaires d’autres mobinautes. Cet aspect communautaire est au cœur du projet, la participation de chacun apporte une véritable valeur ajoutée à l’expérience et permet d’élargir la compréhension d’une œuvre et de la faire partager à tous. Pour aller encore plus loin dans cette notion communautaire, il est possible de partager son expérience en direct avec ses amis sur Facebook et Twitter.

    Blinkster propose donc au visiteur une visite du musée Georges Pompidou amplifiée, où un simple regard porté sur une oeuvre pourra faire l’objet d’un approfondissement didactique. La réalité augmentée tend à développer l’accessibilité des publics au patrimoine scientifique, technique, architectural et artistique.  Cette évolution technologique vient rendre les musées plus attrayant dans le but de toucher un public plus large, mais vise également dans certains cas à palier l’ennui que ressentent certaines personnes qui se rendent au musée. L’utilisation des technologies numériques comme nouvelle forme de médiation culturelle se développe dans de nombreux musées.

    Notons par exemple la mise en place d’expositions dites «immersives» qui invitent à faire «éprouver» au visiteur.

    On distingue les expositions dites «classiques», composées de panneaux, de dispositifs interactifs, de vidéos et d’expériences manipulatoires. L’expérience immersive ne se compose d’aucune de ces caractéristiques et tend à plonger le visiteur dans l’imagerie numérique.  Parmi les nombreux dispositifs mis en place, Blinkster n’opère pas un changement radical en matière de médiation et s’inscrit dans les expériences classiques. Néanmoins, cette application fait preuve d’un apport en matière de technologie. En effet, en proposant cette «amplifying reality», les développeurs de l’application suppriment l’intermédiaire présent habituellement entre l’oeuvre et le visiteur, dont les informations lui sont habituellement transmises via la reconnaissance d’un QRcode. Aujourd’hui, la reconnaissance directe du tableau par le smartphone tend à rapprocher et renforcer l’intimité entre l’oeuvre et le spectateur.

    Nous pouvons ainsi souligner les notions de facilité et d’instantanéité en ce qui concerne l’utilisation de cette application. Le visiteur qui ne souhaite pas utiliser l’audioguide proposé par le musée peut tout de même obtenir des informations sur une oeuvre et ce sans intermédiaire préalable. Le parcours et la recherche d’informations du spectateur s’inscrivent désormais dans une logique d’adéquation qui lui est propre.

    Toujours en cours de développement, Blinkster a vocation à développer l’aspect « social » de l’expérience muséale. Plutôt que de proposer un simple « like » dans votre profil Facebook, l’idée est de repenser la manière dont on visite un musée et on s’approprie les œuvres.

    Dans cette optique, plusieurs solutions sont envisagées, mais la plus intéressante reste probablement celle d’un partenariat avec Wikimedia : proposer aux utilisateurs des notices participatives que chacun pourrait éditer afin de partager son expérience.

    Sous couvert d’une bonne modération, ce projet pourrait en effet rendre l’utilisation de Blinkster plus intéressante que la simple lecture des cartels des œuvres sur votre smartphone qu’elle propose actuellement.

     

    On remarque en effet que lorsque les visiteurs d’un musée envoient d’autres « scanner » des œuvres avec leurs smartphones, instinctivement ils reproduisent le même geste, espérant obtenir par ce biais des informations complémentaires. Cette expérience collaborative pourrait ajouter un aspect ludique à la visite.

    De même, le système permettant d’ores et déjà d’identifier le lieu à laquelle appartient une œuvre (ex : on photographie la Joconde, une description du tableau apparaît, ainsi qu’une fiche sur le musée du Louvre), il serait simple de développer un système à la Foursquare qui permettrait d’indiquer à ses amis (via Twitter ou Facebook) l’œuvre que l’on consulte en temps réel et le lieu dans lequel elle se trouve.

    Pour conclure, sans être révolutionnaire, le système proposé par Blinkster est innovant et mériterait des développements supplémentaires pour réellement proposer une expérience culturelle enrichie. Les principaux freins à son essor qui se présentent aujourd’hui sont les contraintes financières dues au retrait de l’État dans le financement des projets culturels et le modèle économique toujours en phase de réflexion.

    Les financements propres aujourd’hui accessibles ne le seront plus forcément d’ici un an ou deux, ce qui freine le développement du projet sur le long terme.

    Malgré tout, on peut espérer voir le système se généraliser grâce à sa simplicité d’utilisation et sa portabilité : l’application est déjà disponible gratuitement sur iPhone et Android, et une web app pourrait accompagner les autres plateforme.

     

    Article rédigé par Florent Legrand, Régis Boussari et Geoffrey Kazmierczak (Master CEN1).

    Crédits photos : blinkster.eu.fr

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