À l’occasion de l’exposition Léonard de Vinci, projets, dessins, machines, qui se tient en ce moment et jusqu’au 18 août 2013 à la Cité des Sciences et de l’Industrie, Jean-Jacques Birgé et Nicolas Clauss nous invitent à découvrir tout en émotion, une vision contemporaine du génial touche-à-tout de la Renaissance à travers une application gratuite pour iPad.

    Jean-Jacques Birgé est un artiste complet, à la fois compositeur de musique, réalisateur de films, auteur multimédia, designer sonore et écrivain, il considère la musique essentiellement dans sa relation à l’image. Travaillant dans le milieu numérique depuis une trentaine d’années, il a fait de la composition musicale interactive sa spécialité et possède, à son actif, de nombreux travaux originaux, notamment le projet Alphabet sur CD-ROM, des sites web et des expositions interactives, ou encore des montages audiovisuels. Il aime s’approprier toutes les nouveautés technologiques et c’est avec enthousiasme qu’il s’est intéressé à l’iPad, son interface et sa technologie le rendant beaucoup plus agréable et élégant que le clic d’un ordinateur. Il a souvent collaboré avec Nicolas Clauss, un artiste plasticien qui se consacre aujourd’hui aux œuvres interactives, et ont ensemble réalisé de nombreux projets multimédias originaux tels que FlyingPuppet et Somnambules qui sont des sites web interactifs.

    Dans cette diversité de projet, on note une certaine continuité : l’idée est toujours de transmettre, de créer, de déplacer les objets de leur utilisation première, d’ouvrir l’esprit et l’imagination poétique. Et c’est exactement l’aboutissement de l’application « La machine à rêves de Léonard de Vinci ».

    En réponse à l’appel à projet de la Cité des Sciences et de l’Industrie, ces deux artistes contemporains ont eu la chance de créer une application pour iPad purement artistique et interactive, n’ayant d’autre but que d’abandonner l’utilisateur à la contemplation et à l’évasion.

    Disposant d’une totale liberté de création et d’interprétation des travaux de Léonard de Vinci, ces deux artistes nous transportent dans une œuvre à la fois graphique, musicale et terriblement innovante, notamment grâce à l’intervention du gyroscope et du multi-touch.

    En combinant à la perfection différents médias, cette machine à rêves nous fait voyager dans l’univers et la sensibilité du légendaire Léonard de Vinci.

    Leur concept ne manque pas non plus d’originalité : et si vous projetiez Léonard de Vinci dans notre XXIe siècle et que vous lui remettiez un iPad entre les mains, quelle utilisation en ferait-il ? Et si cet objet rectangulaire, léger et facilement transportable était en fait une boîte ? C’est de cette idée qu’est née la machine à rêves, cette boîte métallique qui renferme les rêves de Léonard de Vinci, à travers trois univers.

    La machine à rêves de Leonardo Da Vinci from DaVinciReve on Vimeo.

    À l’ouverture de l’application, l’inclinaison de l’iPad nous permet de faire glisser et grincer les couvercles en verre de la boîte et d’accéder au mode d’emploi ainsi qu’aux crédits.

                Une fois la boîte ouverte, on entre dans la boîte à secrets, le premier univers de l’application.

    À l’intérieur, on y découvre une multitude de petits papiers qui représentent des rêves. On peut les déplacer et s’amuser avec les différents sons de violoncelle qu’ils produisent chaque fois qu’on les touche. Ici, Jean-Jacques Birgé a fait appel au violoncelliste Vincent Segal, afin de nous transporter dans l’ambiance musicale de la Renaissance. Pour poursuivre le voyage, il faut choisir un rêve qui s’envolera en fumée une fois que l’on aura fait disparaître tous les autres dans la fente de la boîte.

                On entre ainsi dans le projecteur de rêves et ses quatre écrans. Ce tableau représente un enjeu technique important, car l’iPad n’est initialement pas prévu pour lire quatre vidéos en simultané. Là encore, l’utilisateur peut s’amuser à mixer les quatre vidéos et les différentes mélodies d’un quatuor à cordes qui leur sont attachées en agrandissant la surface d’un écran. Plus les mouvements sont lents, plus le mixage est harmonieux. Par ailleurs, on peut aussi bouleverser le rêve avec un double-tap et ainsi transformer sans cesse l’ambiance. En appuyant sur l’un des coins de la vidéo, on entre dans le dernier univers.

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    On arrive alors dans la renaissance du peintre. Les images et les vidéos apparaissent cette fois à l’intérieur d’un hublot, on peut jouer avec celles-ci en les faisant tourner, en les déplaçant ou en les déformant grâce à des zooms, des flous, des torsions. Le double-tap permet ici encore de perturber l’ambiance et de modifier soit l’image fixe, soit la vidéo.

     

     

    Tout cela s’accompagne de boucles sonores diverses telles que des chants de baleines, de dauphins, des sons de machines plus électroniques ou de boîte à musique, rappelant toujours les travaux et le riche univers de Léonard de Vinci.

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    Enfin, un bouton nous permet de revenir dans la boîte à secrets et de partir à la découverte d’un nouveau rêve et d’une nouvelle expérience émotionnelle, sensorielle et poétique.

    La multitude des éléments à manipuler (les sons, les notes, les visuels, les effets au toucher) permettent de ne pas se retrouver deux fois devant le même effet ou devant la même combinaison de notes et de découvrir, chaque fois, un tableau audiovisuel inédit. Grâce à ces combinaisons infinies, il est rare de rencontrer deux fois le même tableau, ce qui donne la possibilité de créer un concert audiovisuel de plusieurs heures avec, pour unique instrument, cette magnifique boîte à rêves.

    Il est vrai que cette application n’apporte pas de renseignements supplémentaires sur le personnage de Léonard de Vinci, cependant elle nous permet de découvrir des détails que nous ne percevions pas auparavant, en regardant simplement les croquis du maître florentin. L’emploi et l’homogénéisation de la musique et des visuels créent une matière audiovisuelle psychédélique, presque hypnotique, qui nous invite à regarder les subtilités que nous n’avions pas eu la chance d’explorer.

    L’évasion est sans doute le meilleur terme pour qualifier l’état d’âme que l’on ressent face à cette boîte métallique. En effet, on a parfois tendance à oublier l’aspect high-tech de l’iPad devant la mise en valeur de l’univers de la renaissance toscane. On se retrouve plongés dans un livre d’histoire, sans dates ni évènements, et nous sommes invités à rétablir le contact avec son protagoniste.

    Une fois de plus, les technologies d’hybridation des médias nous offrent l’opportunité de nourrir notre imagination afin de creuser plus encore les possibilités d’innovation de nouvelles formes d’art. On assiste de plus en plus à l’apparition de nouveaux courants et, dans un futur proche, pourquoi pas à la naissance d’un dixième art, basé sur des médiums beaucoup moins classiques.

    Illustrations : application iPad de La Machine à rêves 

    Article rédigé par Mehdi Boujemâa (M1 CEN), Pauline Callois (M1 CEN), Margot Chazalviel (M1 CEN) et Shu-Min Yang (M1 CEN) 

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