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    Avec l’évolution d’Internet et notamment l’apparition des réseaux sociaux, qui a complètement bouleversé notre manière de surfer, ainsi qu’avec l’exponentielle adoption des smartphones et tablettes tactiles, il est maintenant très facile de communiquer ou partager un événement ou une quelconque information. Par conséquent, dans le but d’être vu par le plus de monde possible, d’avoir une liberté éditoriale plus grande, une réactivité plus importante, une mise en place rapide et un cout économiquement moindre, de plus en plus de rédactions décident de ne travailler qu’à travers le web et d’en faire leur seul vecteur de diffusion. On les appelle les pures players.

    Dans le cadre des Rencontres Crossmédia 2013, Cécile Dehesdin, journaliste à Slate.fr, où elle traite notamment de sujets touchant à l’Internet, la justice, la pop culture et les Etats-Unis, est venue nous parler des nouvelles formes de journalisme. Nous en profitons pour rebondir sur ses propos et élargir le sujet aux pures players.

    Un pure player

    Un pure player désigne une entreprise ayant démarré et exerçant dans un secteur d’activité unique. L’expression est popularisée pour désigner les entreprises œuvrant uniquement sur internet. Il existe des pures players commerciaux, comme Amazon, ou d’informations, comme Slate. Ces sites d’informations diffusent leur contenu exclusivement en ligne, sans support imprimé, au contraire, par exemple, de 20 Minutes ou encore du Figaro, diffusant à la fois en ligne et sur papier. Certains journalistes, anciennement en poste dans des médias traditionnels, ont fondé et / ou travaillent aujourd’hui dans des pures players.

    Slate.fr est la version française de Slate.com qui a été créé en 1996. La version française est apparue en février 2009. Il rentre dans la catégorie des pures player, disposant d’un seul support de communication, en l’occurrence, le web. Il propose un traitement différent de l’actualité et est composé d’une rédaction d’une dizaine de personnes épaulée de trois développeurs qui les accompagnent sur différents projets.  La version française propose des articles de fond et des analyses sur le modèle de la version américaine, Slate.com, propriété du Washington Post.

    Positionnement et différentiation

    Le fait de n’être présent que sur internet renverse le rapport aux lecteurs pour les journalistes. Là où le papier ne permet presque qu’aucune interactivité (outre la rubrique “courrier des lecteurs” et autres du même genre) entre le journaliste et ses lecteurs, internet permet à ces derniers de pouvoir réagir, positivement ou négativement, apporter des ajouts et précisions. Grâce à ces contributions, les journalistes peuvent corriger ou agrémenter leurs articles, ou même être amenés à rebondir sur certains points afin d’en faire de nouveaux. Outre le fait d’avoir un retour immédiat sur son article, le journaliste se retrouve à dialoguer directement avec son lectorat, à travers les commentaires et réseaux sociaux.

    De même, là où les modifications sur un article papier passent relativement inaperçus, car séparées de l’article d’origine, sur internet, les modifications se faisant directement dans l’article, une plus grande transparence s’impose envers le lecteur, d’où l’indication quasi-systématique de la modification effectuée, surtout que sur le net tout se sait, donc tenter de faire ça discrètement peut au final se retourner contre le journaliste. On peut ainsi toujours ajouter des informations, agrémenter l’article.

    Nouvelles formes narratives / Nouvelles façons de présenter l’information

    Sortie des contraintes du papier, le web permet aux journalistes de pouvoir offrir de nouvelles formes narratives dans la façon de présenter l’information à leurs lecteurs. Pour rendre plus agréable et attractif le travail des journalistes, il y a une inspiration des pratiques du web dans le traitement journalistique, afin de raconter l’information à travers de outils et présentation connus et maîtrisés des internautes. Cette façon de présenter l’information permet aussi de se départir du ton journalistique habituel, permettant de le rendre plus attractif et sympa pour le lecteur, sans pour autant sortir du traitement journalistique dans son fond. Le journaliste web s’approprie un outil pour pouvoir faire passer ses informations.

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    Avec l’intéractivité offerte par le web et avec la libération des données grandissante, une autre forme de journalisme a aussi vu le jour, notamment depuis WikiLeaks, le data journalisme ou le journalisme de données. Le journaliste exploite et croise les données qu’il collecte afin de produire de l’information, d’en faire émerger des éléments pertinentes et mettre en lumière certains points, qu’il restitue ensuite sous forme d’une infographie interactive, en plus de son article explicatif, permettant aux lecteurs de consulter l’information autrement.

    Quel modèle de financement ?

    Les pures players ne pouvant s’adosser à une version papier, il leur faut trouver d’autres sources de financement. Outre la traditionnelle publicité, cela peut aussi se traduire par des partenariats (comme c’est le cas entre Slate avec Orange ou la SNCF) en leur fournissant du contenu exclusif, ou passer par des systèmes d’abonnements, pouvant permettre par exemple, l’accès au site sans aucune publicité (PC Inpact), à l’accès aux archives, ou tout simplement l’accès aux articles complets (Arrêt sur Images, Médiapart).

    Avec l’essor des smartphones et tablettes, certains pures players développent aussi des applications payantes avec du contenu exclusif ou des numéros spécifiques/thématiques. De même, en attendant d’arriver à un équilibre financier, les pures players s’appuient sur des investisseurs et des levées de fond.

    Cependant, malgré les différents moyens de financement, aucun véritable modèle économique stable n’a encore émergé, rendant la situation des pures players assez précaires. Les rares étant actuellement à l’équilibre ne le sont que depuis peu. Certains pures players en difficulté économique ont même été rachetés par des acteurs venant de la presse traditionnelle, comme Rue89, racheté par le groupe du Nouvel Obs en décembre 2011, ou certains mettant carrément la clé sous la porte, comme récemment Owni.

    Quel est le réel objectif d’un pure player ?

    Les pures players ont intérêt à  se différencier des journaux papiers ou plus traditionnels pour attirer le lecteur, que ce soit au niveau du fond, de la forme avec notamment le ton employé pour traiter l’actualité. Il ne faut pas que le lecteur s’ennuie, il faut le distraire tout en lui faisant passer une information. Cette différenciation peut se faire en innovant dans la présentation, en utilisant des outils à la mode, il faut prévoir ce que veulent les lecteurs.

    Slate s’adresse à un public qui aime et connaît internet, qui connaît ses références. Il test de nouvelles façon de raconter des histoires, de présenter les choses.

    Un pure player a du mal à survivre, les publicités apportent beaucoup en terme de financement, de même que les investisseurs, il faut rentrer de l’argent. On peut se légitiment poser une question. À force de vouloir trop innover et coller aux phénomènes émergeant d’Internet afin d’élargir son audience (très important pour la publicité), le danger n’est-il pas d’en faire trop et de privilégier la forme plutôt que le contenu ?

    Au final, on peut se poser la question sur l’objectif d’un pure playe. Est-il de vouloir faire passer une information différemment et de prendre une actualité sous un nouvel angle ou tout simplement d’obtenir le plus de clics possibles en surfant sur les dernières tendances ?

    Par Yoann Démare – Anthony Ly – Alexandre Ly – David Perrod

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