Combien de pas a-t-on fait aujourd’hui ? Combien de marches a-t-on gravi ? Est-ce suffisant pour rester en forme ? Les chiffres, qu’on y fasse attention ou non, gravitent autour de nous. Ils s’accumulent, petit à petit, et s’inscrivent en nous. C’est quand on décide de les collecter, de les analyser, de les comprendre et même de les partager, que l’on rentre dans la sphère du Quantified Self.

    On pourrait alors croire que le Quantified Self ne se résume qu’à des chiffres. On pourrait tout aussi bien croire que ce n’est qu’une nouvelle manière d’exacerber son ego, où l’on exhiberait nos données aux yeux de tous. Seulement, ce serait une erreur. Car, au-delà de la simple description du rythme de vie qu’elle apporte grâce à notre quantification, le Quantified Self est là pour nous aider à comprendre comment nous améliorer et corriger les éventuels problèmes auxquels on peut faire face. Grâce aux représentations qu’il apporte, on peut même alors agir par anticipation et dans la bonne direction. On apprend à mieux se connaître et ce, au travers des données.

    Les domaines quantifiés sont aussi très divers. Ils peuvent toucher aux sports et aux loisirs, mais aussi aux transports et à la communication. Néanmoins, le principal secteur reste celui de l’hygiène et de la santé, mais aussi du bien-être. On peut ainsi en déduire des autodiagnostics, gérer sa nutrition et sa perte de poids ou même maîtriser son propre comportement. Toutes ces données sont alors recueillies, expliquées et enfin partagées. Elles peuvent être tout autant transmises à un adulte, s’il s’agit par exemple des données d’un enfant, ou encore à un médecin qui pourra ainsi suivre au plus près son patient, sans avoir à le consulter à outrance. Les données sont aussi partagées par des communautés d’adeptes, qui veulent mieux comprendre le fonctionnement humain et découvrir quelles avancées seraient possibles en quantifiant encore et toujours plus. De nombreuses réunions se tiennent ainsi chaque année : les Quantified Self Meetups. Il existe 160 groupes qui comptent au total plus de 28 000 membres, dispersés dans 38 Pays et 118 villes. Notons que Paris, à la 20ème place, est un pilier de ces réunions.

    La quantification : une tendance à la hausse

    Grâce à ses capteurs, la Mother sait tout!

    Le Quantified Self s’est fortement popularisé et cela est essentiellement dû à la recrudescence de la présence des objets connectés dans nos vies. En effet, 11% de la population mondiale est équipée de ces objets, avec notamment les smartphones qui sont de plus en plus perfectionnés et spécialisés. On peut désormais dire adieu à l’agenda papier et aux autres journaux intimes où l’on consignait tant bien que mal diverses données des jours passés. On peut aussi dire adieu aux tableaux griffonnés sur une feuille de papier qui permettaient d’enregistrer son rythme de vie et de travail, ainsi que son activité physique. Aujourd’hui, les objets connectés se chargent de collecter tout cela.

    La Sense Mother, nouveau concept de la startup Sen.se

    Zeo, sleep tracking

    Faire la liste exhaustive de ces objets connectés serait un travail titanesque, tellement ceux-ci sont nombreux. Seulement, s’il y en a bien un qu’il faut mettre en exergue, c’est la Mother qui est capable de collecter des données de mesures de durées, distances, mouvements et bien plus encore. Elle recueille ainsi un grand nombre de données, toute issues de domaines différents. Ainsi, alors que les autres objets connectés cernaient un seul centre d’intérêt, comme l’appareil Zeo qui mesure l’activité du cerveau, que l’on soit éveillé ou endormi, ou encore Activity Tracker qui a pour seule vocation de se motiver à bouger en suivant son nombre de pas faits en une journée et le nombre de calories brûlées, la Mother réunit toutes ces fonctions en un seul objet, grâce à des capteurs individuels que l’on place où l’on veut.

    D’autres objets proposent des choses remarquables, comme les lentilles de Google qui sont capables de calculer le taux de sucre dans les larmes. C’est alors une avancée considérable pour le confort de vie des diabétiques. Ainsi, le Quantified Self se veut au service de l’Homme et de l’amélioration de son quotidien.

    L’avenir pour le Quantified Self semble des plus prospères. Les appareils technologiques sont voués à devenir de plus en plus discrets, de plus en plus simples d’utilisation mais aussi de plus en plus multitâches. On peut ainsi imaginer un unique appareil, capable de tout quantifier et ainsi, de parfaire les interprétations des données collectées.

    Du bon usage du Quantified Self

    Seulement, il ne faut pas oublier que la quantification de soi est à utiliser dans de bonnes mesures. Ces chiffres restent malgré tout des données qui nous sont propres et personnelles. La CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) a ainsi fait plusieurs recommandations sur l’usage du Quantified Self. Elle conseille d’ « utiliser, si possible, un pseudonyme pour partager les données ». De plus, elle recommande de « ne pas automatiser le partage des données vers d’autres services (notamment vers les réseaux sociaux) » ou encore « de ne publier les données qu’en direction de cercles de confiance » et d’« effacer ou de récupérer les données lorsqu’un service n’est plus utilisé ».

    Enfin, cette omniprésence des chiffres dans notre quotidien peut alors mener à une véritable obsession. Un ingénieur américain nommé Gordon Bell en est d’ailleurs l’un des exemples les plus extrêmes. En effet, il fait ce que l’on appelle du life-logging depuis 1995, c’est-à-dire qu’il recueille chaque jour les moindres données sur sa vie quotidienne. Le Quantified Self est une bonne chose si l’on se sert à bon escient des données récoltées, mais peut vite devenir nocif si l’on se focalise uniquement dessus. Il faut alors veiller à vivre au-delà des données, sans oublier qu’il y a un monde autre que celui des chiffres.

    Article écrit par Lénaïg Berthou.

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