Lors du dernier Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas, la société française Cityzen Sciences développant un textile « connecté » a remporté le prix de l’ « inclusive innovation ». Mais quels sont les textiles connectés et intelligents en France ? Que font-ils ? Qu’apportent-ils ? Quelle est la position de l’état par rapport à ce sujet ? Quelles sont et où se situent les entreprises françaises les fabriquant ? Quels sont les domaines d’applications de ces textiles ?

    Les textiles sont des matériaux souples tissés ou non tissés, constitués de fibres leurs donnant des caractéristiques spécifiques. Leurs spécificités permettent de les distinguer en trois familles : les textiles traditionnels, techniques & intelligents. Les textiles traditionnels sont constitués de fibres naturelles, minérales & chimiques. Les fibres des textiles naturels sont d’origine végétale, animale et minérale (amiante et métaux), quant aux fibres des textiles chimiques, elles sont cellulosique, protéique, minérale (verre) et synthétique organique. La famille des textiles techniques regroupe un ensemble de matériaux souples constitués de fibres techniques ayant des propriétés spécifiques leurs permettant d’être utilisées pour des domaines d’applications déterminés tel que dans l’aviation militaire. Les textiles de carbone y sont utilisés pour la fabrication des parties stratégiques d’avions de combat.

    Textile intelligent : Bubelledress

    Textile intelligent : Bubelledress

    Les textiles intelligents sont eux aussi des surfaces souples, mais pouvant intégrer de l’électronique ou laisser passer des informations numériques tel que le fait la fibre optique. Ces textiles mesurent la température, la tension artérielle, ou encore des pressions telles que celles de la main. Certains alertent les postes de contrôle de la SNCF lorsque les rails du TGV se tassent dans le sol au-delà d’un seuil critique. L’ensemble des textiles, qu’ils soient constitués de fibres naturelles, minérales, chimiques, techniques ou intelligentes, ont des technicités de tissages contribuant à la chaîne de fabrication et de conception des textiles innovants. Chacune de ces trois familles marque son époque et des innovations dans les techniques de tissages.

    Carte de l’industrie textile française du XIX et XXIe siècle

    Carte de l’industrie textile française du XIXe et XXIe siècle

    L’industrie du textile fait partie des deux premiers secteurs d’activités ayant eu un rôle moteur dans le développement industriel français du XVIIIe & XIXe siècle. La révolution industrielle venue de l’Angleterre, importa des méthodes mécaniques de tissage et de filature nouvelles1. Ces innovations machiniques du XIXe siècle firent prendre conscience à l’homme de son système d’action sur la matière2.  Les industries textiles du XIXe siècle se situaient dans les régions du nord de la France (Nord-Pas-de-Calais, Picardie), Alsace-Lorraine, Haute et Basse-Normandie, ainsi qu’en Rhône-Alpes. En 2013, l’observatoire des textiles techniques Français référence dans sa base de données 600 entreprises intervenant dans ce domaine. Elles se situent en grande partie dans les régions du nord (Nord-Pas-De-Calais, Picardie et Île-de-France), Alsace-Lorraine et Rhône-Alpes ce qui leur donne une position géographique idéale pour le commerce européen et international. Néanmoins on peut constater un regroupement de spécificité régional. La plupart des associations et pôles de compétitivités vont se trouver dans le nord de la France (CETI, Innotex, Clubtex, Eurotex nord, Uptex et l’Union des Industries Textiles) et le secteur des textiles intelligents sont en Rhône-Alpes (Brochier technologies, Sofileta, Tibtech innovations, Cityzen sciences et une des filiales du groupe suisse Sefar fyltis).

    Carte collaborative de l’emplacement des entreprises, associations et centre de recherches liés aux textiles innovants Source : https://mapsengine.google.com/map/u/0/edit?mid=zjTrdeWOXQJ8

    Carte collaborative de l’emplacement des entreprises, associations et centres de recherche, liés aux textiles innovants

    L’état, par la mise en place de priorités politiques pour une nouvelle France industrielle, a placé l’industrie des textiles innovants parmi ses 34 priorités pour la tenir prête au « rendez-vous de la transition écologique et énergétique d’une part, numérique et digitale d’autre part »3.Le ministre Arnaud Montebourg du ministère du redressement productif les a présenté le 12 septembre 2013. Ces priorités se dessinent sous la forme de 34 plans permettant de concentrer les productions des industries sur les atouts majeurs français, en partie dans les domaines du transport, des énergies renouvelables, des technologies de l’information et de communications. Parmi ces 34 plans, un concerne les textiles innovants, ils représentent 120 à 400 milliard d’euros par an d’ici 2025, ce qui représente entre 1,09 et 1,53% de la valeur économique et sociétale prévue par les 12 innovations relevées par le cabinet de consultation McKinsey4. Les 600 entreprises françaises de textile référencées par l’observatoire des textiles pouvant faire partie de ce plan de reconquête, se situent sur les marchés de la santé et de l’hygiène, des sports et des loisirs, de l’EPI / protection, du bâtiment et du génie civil ainsi que du transport. Parmi elles, cinq fabriquent des textiles intelligents :

    • Brochier technologies fait essentiellement des textiles lumineux pouvant servir en photothérapie. Ils ont notamment réalisé en 2002-2003 le premier « écran textile » pour France Télécom R&D avec la collaboration de la designer Elisabeth de Senneville.
    • Sefar fyltis fabrique essentiellement des tissus conducteurs pouvant s’employer comme circuit de montage (PowerGlow), chauffant (PowerHeat, PowerHeat NT), mesurant des données physiques telles que la conductivité, la température et l’élongation (PowerSens) et servant pour les écrans LCD (PME).
    • Sofileta R&D développe des tissus capteurs de température, rythme cardiaque et capacité respiratoire.
    • Tibtech innovations sont dans les même domaines que Sefar fyltis, ils fabriquent des textiles et fils chauffants ou conducteurs (Spuntech, Thermotiss, Thermotech et Conductib).
    • Quant à Cityzen sciences, il pilote le projet industriel Smartsensing. Un textile connecté doté de microcapteurs pouvant effectuer du monitoring d’individus. Ils captent la température, la fréquence cardiaque, la vitesse et l’accélération et la géolocalisation.

    En faisant un tableau référençant les différentes propriétés des textiles intelligents fabriqués par ces entreprises, nous pouvons voir qu’ils sont essentiellement utilisés comme capteurs. Contrairement aux objets connectés, ils ne peuvent pas analyser l’ensemble des données captées, pour cela ils ont besoin d’être reliés à un objet ayant une capacité de calcul telle qu’un ordinateur. Ce qui équivaut pour un utilisateur à ne pas pouvoir agir sur le textile pour modifier une information. Il ne peut qu’observer ses changements d’état et modifier l’information lui étant restituée en utilisant un objet faisant office de télécommande.

    Tableaux des spécificités des textiles

    Tableaux des spécificités des textiles

    Textiles connectés

    Textiles connectés

    Le traitement de l’information par les textiles

    Le traitement de l’information par les textiles

    Les information observé par les textiles et l’agissement de l’utilisateur sur celles-ci

    Les information observées par les textiles et l’agissement de l’utilisateur sur celles-ci

    Pourtant en regardant le travail du designer canadien Ying Gao, on peut faire l’hypothèse qu’un textile pourrait avoir des capacités de calculs et représenter une information à sa surface donc devenir lui-même une Interface Homme/Machine. C’est ce qu’Hiroshi Ishii appelle les Radicals Atoms. Il distingue trois types d’interfaces : Graphical User Interface (G.U.I), Tangible User Interface (T.U.I), Radicals Atoms. Pour expliquer ce qui les distingue, il utilise la métaphore de l’iceberg. Les Radicals Atoms sont l’iceberg émergé5. Contrairement aux TUI et aux GUI, les Radicals atoms intègrent l’information. Ils la signifient par leurs surfaces et leurs formes, en changeant de couleurs et en se déformant. Pour agir sur les informations, l’utilisateur serait amené à manipuler la surface de l’objet. Ces futures interfaces peuvent laisser libre court à l’imaginaire des créateurs et leurs permettent de réfléchir à de nouveaux types d’interaction et d’objets connectés, tout en réfléchissant à l’éthique leurs étant liés et à leurs utilités…

     

    Article rédigé par Marion Daeldyck

    Références

    •  NIVEAU, Maurice, CROZET, Yves. Histoire des faits économiques contemporain.  France :  PUF, 2010
    • 2 « 1800-1850: Mythe de la machine par la prise de conscience du système d’action de l’homme sur la matière. » FRANCASTEL, Pierre. Art et technique au XIXe et XXe siècle.  1956
    • 3 Ministère du Redressement Productif. La nouvelle france industrielle, septembre 2013. p.2
    • 4 McKinsey Global Institute. «Industrie 2.0 jouer la rupture pour une Renaissance de l’industrie française». McKinsey France, 2013
    • 5 ISHII, Hiroshi, LAKATOS, David, BONANNI, Leonardo, LABRUNE, Jean-Baptiste. « Radical Atoms : Beyond Tangible Bits, Toward Transformable Materials. » Interactions, expérience, people, information, vol. 19, n°1, janvier & février 2012, , pp. 38-51.

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