En 20 ans, notre environnement s’est peuplé d’une multitude d’objets intelligents – étiquettes, capteurs divers et, bien sûr, téléphones portables – qui détectent, s’activent et communiquent entre eux via des infrastructures de télécommunication, des réseaux de capteurs voire des mini-réseaux personnels. Leur omniprésence dans notre environnement impacte fortement nos vies avec une technologie toujours plus innovante et une interaction humaine articulée par une évolution des usages.

    Les objets communicants : une avancée ininterrompue !

    Un objet communicant est un objet doté de la capacité d’échanger des informations avec un autre objet. L’ensemble des objets communicants constitue ce que l’on appelle l’Internet des objets : un réseau physique connecté d’objets portant un certain nombre d’informations et capables de les communiquer. Une révolution qui a su profiter des progrès constants de la microélectronique et des télécommunications sans fil.

    Le spectre des objets communicants couvre un champ extrêmement large : on dénombrerait quelques 9 milliards d’objets communicants en 2011, 24 milliards sont prévus d’ici à 2020. En 20 ans, à l’image des téléphones cellulaires qui, à l’orée des réseaux GSM, tenaient dans une valisette, les objets communicants se sont multipliés au fur et à mesure des progrès constants en miniaturisation, puissance des processeurs, optimisation des communications sans fil, production et gestion de l’énergie…

    L'Internet des objets : le monde des objets connectés

    L’Internet des objets : le monde des objets connectés

    Depuis les années 2000, sur moins d’1 cm3, on peut embarquer un objet capable de calculer, de stocker des données et communiquer, désormais avec une seule et même puce. Nos smartphones tiennent dans la main et sont multifonctions. Équipés de capteurs de température extérieure, d’accéléromètres, de position par GPS et d’une caméra, ils sont capables de surfer sur le web ou d’échanger des images avec un autre téléphone en créant un réseau spontané Bluetooth. Ils sont bien plus puissants qu’un ordinateur d’il y a 20 ans alors qu’ils ne pèsent pas plus de 100 grammes. Pourtant, ils sont tellement courants qu’ils ne nous étonnent même plus.

    Quelques étapes historiques

    Ces progrès époustouflants doivent aussi beaucoup aux technologies radio. Que ce soit le multiplexage qui, dans les années 1990, a permis de multiplier les informations transmises dans une même gamme de fréquence sur de tout petits composants ou à l’explosion des réseaux sans fil, du premier Aloha dans les îles Hawaï en 1971 aux incontournables réseaux WiFi depuis 1999. Ces évolutions ont été tellement rapides qu’on ne comprend pas aujourd’hui qu’il n’y ait pas une couverture réseau ici ou là. Miniaturisation oblige, les communications peuvent aussi être relayées par les objets eux-mêmes. Encore à l’état de prototype, ces réseaux sont principalement utilisés par les militaires. Ils pourraient bientôt assurer des communications d’urgence en cas de catastrophe naturelle via les téléphones.

    Les objets communicants

    Outre nos téléphones, nous sommes entourés d’objets communicants et intelligents. Dans le commerce, ce sont des étiquettes RFID pour lutter contre la fraude, gérer les stocks ou, bientôt, pour contrôler le contenu de tout un caddy à la caisse. Dans notre voiture, ce sont les capteurs qui contrôlent freinage, trajectoire ou déclenchement des essuie-glaces. Dans nos immeubles, ce sont les capteurs de relevés de compteurs qui informent l’exploitant des consommations en temps réel. Lors de nos joggings, ce sont cardio-fréquencemètres à la poitrine et capteurs de mouvement à la chaussure qui communiquent par Bluetooth ou ZigBee avec notre montre ou notre téléphone dans un mini-réseau personnel.

    Une des conséquences de ce monde de réseau et de communication est que nous laissons de plus en plus de traces numériques. Au-delà des progrès technologiques, il s’agit désormais de parvenir à garantir l’anonymat des données : un tout autre challenge. Les objets communicants reçoivent, interprètent et communiquent entre eux les données préalablement collectées.

    Quelques exemples d’objets communicants

    Le Nabaztag, un lapin pas comme les autres !

    Le Nabaztag, un lapin pas comme les autres !

    « Symbole des objets communicants », le Nabatzag est un lapin pas comme les autres. Il interagit avec son propriétaire. Le matin il est là pour vous réveiller, vous annoncer la météo et l’actualité, puis vous informer des nouveaux e-mails, SMS ou messages. Et oui il parle ! Au niveau de son nombril, un micro est placé afin de pouvoir communiquer avec lui, donner des ordres ou envoyer des messages oraux aux autres amis Nabatzag, qui seront retransmis à son destinataire. Il peut même détecter votre présence ou celle d’une personne étrangère. Personnalisable, vous le programmez selon vos besoins et vos envies.

    Dans le domaine du marketing, Nestlé a innové en faisant une campagne de promotion avant-gardiste dans la confiserie. Six puces GPS sont implantées dans quelques barres chocolatés de façon à ce que Nestlé soit prévenu à l’instant même où vous déchirez l’emballage afin de débarquer chez vous avec un chèque de 10 000 livres sterling. Les objets communicants participent aussi au développement durable avec une poubelle écolo qui détecte les mouvements et qui vient à vous pour que vous puissiez y jeter vos déchets : plus besoin de se déplacer ! Ou encore Botanicalls qui est une puce implantée dans vos plantes : celle-ci émet un tweet lorsque votre plante manque d’eau.
    Botanicalls

    Botanicalls : votre plante a soif !

    Existent aussi les appareils domestiques connectés et commandés à distance comme MyPlug, une prise intelligente lancée par Orange qui se branche sur les appareils électriques permettant de les gérer à distance. Finie la panique en se demandant si le fer à repasser est bien débranché ! Un simple SMS envoyé à MyPlug  permet de savoir si l’appareil est en cours de fonctionnement. Le cas échéant, un autre SMS permettra de couper l’alimentation électrique du fer !

    Des évolutions techniques mais aussi dans les usages

    Les objets communicants connaissent un progrès continu à travers le développement de la « microélectronique et des réseaux de capteurs », une conjonction technique qui intègre la vision de l’Internet des objets. Face à ces défis technologiques, la conception des objets communicants s’adapte en faisant à appel à des compétences pluridisciplinaires. La diversité culturelle chez les objets étant source de nombreux échanges va conditionner la nature et la fonction de l’objet futur. Ainsi, la dimension communicante s’impose chez l’utilisateur dans l’usage du produit et tente de trouver une réponse favorable par le biais de trois critères de l’utilisabilité : efficacité, avec la vérification de la promesse faite par le produit ; efficience, un essai au moindre effort dans un temps limité ; satisfaction, évaluation par l’utilisateur de l’interaction avec le produit. En d’autres termes, quelle que soit la nouveauté technologique accessible à l’utilisateur, l’objet communicant présente une double finalité : humaine et technologique. L’aspect humain se manifeste dans l’appropriation, dans l’adoption et dans l’action avec l’objet. La dimension technique s’assure de la compatibilité à l’étendue du système en place articulé dans un processus de conception.

    Les objets communicants : une avancée ininterrompue !

    Un futur connecté – © Manon Boschard

    Cette dualité est intrinsèquement liée pour la détermination des usages qui en découlent. Depuis longtemps, les objets communiquent avec les humains et les nouvelles technologies n’ont fait qu’accroître ce phénomène dans un mode silencieux, sous forme de signes, d’affichages ou encore de consignes spécifiques. Ceci étant dit, les effets chez l’utilisateur face au produit se traduisent par une stimulation des sens, comme la joie, la déception, l’attrait, le rejet, etc.… Ainsi, le développement des interactions entre l’utilisateur et les dispositifs ont pu contribuer à l’évolution des usages avec la dimension communicante des objets notamment par les formes, la signalétique et les modes d’utilisations. En somme, chaque objet véhicule sa propre histoire à laquelle l’utilisateur va se confronter par l’usage.

    À la lumière de ces constats, il est pertinent de s’interroger sur le rapport et la distance qui s’installe entre l’utilisateur et l’objet. En outre, quelles seront les nouvelles formes communicantes véhiculées par les objets ? Quel est l’impact de l’objet communicant chez l’utilisateur tout au long de son cycle de vie ?

    Si les objets communicants ont pris une place de plus en plus grande dans le quotidien des utilisateurs et se sont imposés comme indispensables, leur impact économique a aussi bouleversé les activités en entreprise : il est difficile aujourd’hui de travailler sans ordinateur ou encore sans Internet. Malgré cela, l’innovation technique, couplée aux enjeux anthropologiques, place l’objet communicant devant des difficultés de convergence en conception notamment face au triptyque coût-qualité-délais, et les concepteurs sont souvent amenés à procéder à des choix qui vont relativiser la perfection technique et ergonomique du produit.

    Article rédigé par Christine Esteves et Malika Fourti

    Références

    • Le Masson P, Weil B, Hatchuel A, 2006, Les processus d’innovation, conception innovante et croissance des entreprises,  Paris, Hermès Lavoisier, 471 pages.
    • Association Institut Carnot – 2011 – Livre Blanc – Objets Communicants et Internet des Objets.
    • Boullier D, 2002 « Objets communicants, avez-vous donc une âme ? » Enjeux anthropologiques, Les Cahiers du numérique, 2002/4 Vol. 3, p. 45-60.
    • Privat G.,  2002 « Des objets communicants à la communication ambiante », Les cahiers du numérique, vol 3 n° 4.
    • Témoignage d’Eric Fleury, professeur ENS Lyon et responsable de l’équipe DNET, spécialiste des objets communicants embarqués. Sources: http://123opendata.com/blog/selectionobjets-communicants/

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