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Wearable techs, kézako ? Par “wearable tech”, on entend toutes les technologies qui peuvent être portées comme des vêtements ou accessoires, et dont l’exemple le plus connu par le grand public est sûrement les Google Glass (lunettes de réalité augmentée). Ce phénomène, et tout spécialement ce qui a trait aux tissus intelligents, s’est grandement démocratisé et suscite une attention croissante de la part des médias. Panorama des technologies qui, depuis quelques années, ont le vent en poupe.

Sport : zoom sur les performances

Le sport est l’un des principaux secteurs d’application des textiles intelligents. Des vêtements, destinés aux sportifs professionnels et amateurs, ont été conçus sur le principe des objets connectés : tee-shirts, débardeurs ou autres tenues de sport sont pourvus de capteurs intégrés dans le tissu mesurant le rythme cardiaque, la fréquence respiratoire, la température corporelle, les calories brûlées, etc. Une fois les données physiologiques recueillies, elles sont acheminées vers un équipement externe qui peut être un ordinateur, une tablette ou un smartphone. La connectivité entre ces unités technologiques rend possible le transfert des informations et l’application externe permet la visualisation de l’ensemble de ces données en temps réel, données qui peuvent également être sauvegardées pour une consultation en temps différé ou analyses ultérieures. Ainsi, cette technologie permet aux préparateurs physiques la surveillance et l’analyse des paramètres vitaux pendant une activité sportive, mais également aux individus pratiquant une telle activité de suivre et comparer leurs performances.

Hexoskin

En France, sur ce marché émergent, la société Cityzen Sciences se positionne comme leader dans la création, la conception et le développement des textiles “connectés”. Dans le contexte sportif, Smart-Sensing est le projet phare de la société. Ce projet consiste à démocratiser l’utilisation du textile comme support de recueil de l’information.

Illustration de la technologie Smart Sensing

Outre-Atlantique, la société canadienne Carré Technologies a développé le prototype de tee-shirt Hexoskin. Ce tee-shirt a été testé par les astronautes de l’Agence spatiale canadienne, avant d’être commercialisé auprès des sportifs et athlètes de tous niveaux.

Santé : à l’avant-garde de la recherche médicale

Le domaine médical n’échappe pas non plus aux smart textiles. Avec des vêtements communicants capables de prévenir et de faciliter le traitement de maladies, des tissus connectés et innovants au service des patients et même de la peau artificielle et des prothèses textiles, les possibilités médicales et thérapeutiques semblent aujourd’hui en pleine évolution.

Aujourd’hui, et de la même manière que dans le sport ou la sécurité, c’est surtout l’aspect “surveillance” que les labos de R&D mettent en avant pour le secteur de la santé. Il s’agit simplement d’utiliser les nouvelles technologies pour mesurer, stocker et envoyer des données. Avec les textiles intelligents, on va surtout s’intéresser, via des puces ou des capteurs intégrés directement dans les vêtements, à la collecte de différentes mesures physiologiques qui vont être transmises, à l’aide d’un smartphone ou d’un ordinateur, au médecin traitant ou à l’hôpital. Des vêtements multi-fonctionnalités donc, qui vont être particulièrement utilisés pour le suivi d’un patient après une opération ou pour une hospitalisation à domicile. On pense également à l’assistance aux personnes âgées et/ou handicapées sous forme de monitoring constant et, dans ce cas précis, les produits textiles aux capteurs incorporés ou qui répondent à des stimuli sont particulièrement appropriés. Mais si le textile peut être réactif et transmettre des informations, pourquoi ne pas l’utiliser également pour ses performances techniques et ses propriétés fonctionnelles ? Aujourd’hui détourné de son utilité première, on retrouve dans un autre contexte, plus chirurgical celui-là, les bienfaits du tissu. Greffage, micro-encapsulations, traitements enzymatiques ou physico-chimiques, nano-fibres, intégrations de fibres actives et autres noms énigmatiques ont remplacé le velours et la soie des couturiers d’antan. Les fibres innovantes sont légion.

Parmi elles :

Wearable techs – Image-Photochromes– Les fibres photochromes : innovation technologique sans précédent, la capacité à tisser des fibres optiques a donné naissance a un traitement qui a le vent en poupe, la photothérapie. Utilisée pour le traitement de certains cancers, on se sert également aujourd’hui de couvertures luminescentes pour traiter la jaunisse du nourrisson. Le groupe Brochier Technologies, basé à Lyon, a créé en 2007, une couverture dont la lumière “remplace les rampes lumineuses utilisées dans le traitement de 60 à 90 % des bébés”, rampes dont la lumière pouvait léser les rétines des nourrissons.

– Les fibres biocompatibles et actives : le secret de ces fibres repose sur des micro-capsules posées sur l’ensemble du matériau synthétique qui contiennent des produits particuliers. Ces derniers sont capables de réagir à la température, à la lumière ou au frottement et permettent de créer des implants ou des prothèses puisque le textile va permettre de soigner les tissus endommagés du corps et leur redonner des propriétés perdues. Certaines substances pourraient même être utilisées pour réaliser des sutures chirurgicales ou de la “peau artificielle textile”, notamment le Crabyon. La fibre Crabyon est produite par la société japonaise Omikenshi Company. C’est une fibre réalisée à partir de chitine et de cellulose. Ce matériau est en réalité utilisé pour régénérer la peau et favoriser la circulation sanguine. Non content de secouer l’univers médical, le développement des textiles techniques bouleverse déjà également l’économie du secteur textile tout entier.

Économie : combien vont rapporter les textiles intelligents ? Il reste encore assez difficile de quantifier l’impact économique des textiles intelligents : de nombreux chiffres sont avancés par de nombreux organismes et experts. En 2013, le marché du textile connecté a été estimé à 5.5 milliards d’euros selon un article de Frenchweb.
Selon le R3ilab (réseau innovation immatérielle pour l’industrie), en 2011, les textiles techniques représentaient un chiffre d’affaires de 133 milliards de dollars (dont 26 milliards pour les non-tissés).

Wearable techs

Ce marché devrait passer à 175 milliards de dollars d’ici à 2020, soit une croissance de 31%. En France, cette croissance est appuyée par l’État et notamment le Ministère du Redressement Productif. Ainsi, en septembre 2013, Arnaud Montebourg, lançait 34 plans de relance industrielle afin de booster les filières considérées les plus porteuses, parmi lesquelles le textile innovant occupe une place importante. Selon ce plan, “tous les progrès scientifiques générés par les textiles entraînent un courant d’innovation qui irrigue l’ensemble des métiers de la filière.” Avec ce plan, l’État s’engage à faciliter l’accès au financement pour les acteurs de la filière textile afin d’encourager l’arrivée sur le marché de nouveaux produits et la découverte de nouveaux débouchés. Un marché qui pourrait être très intéressé par les textiles connectés est celui du Big Data. En effet, toutes les données collectées par ces textiles peuvent être restituées et revendues, une fois anonymées. Ainsi, le Big Data et le textile connecté seraient deux marchés se développant de façon concomitante mais aussi l’un avec l’autre.

Perspectives d’avenir

Certes utiles dans le domaine de la santé, force est de constater que la plupart des vêtements intelligents ou, du moins, ceux susceptibles de créer un processus d’industrialisation s’intègrent davantage au concept de quantified self qu’ils n’agissent directement sur le bien-être de celui qui les porte. Il est pourtant indéniable que les vêtements intelligents vont changer notre quotidien. Il est néanmoins légitime de se poser des questions quant au développement industriel de ces derniers : des critères comme le prix de ces textiles ainsi que la durée de vie des capteurs intégrés détermineront l’existence ou non de perspectives d’industrialisation de masse. Et, avec les prix du moment (339$ le sous-vêtement intelligent de chez Carré Technologies) et la nécessité d’une connexion à un support numérique externe pour le transfert de données, le pari du grand public n’est, pour l’instant, pas vraiment gagné.

Article rédigé par Matthieu Belz,  Bilyana Guneva, Samed Laaouane et Awa Ndiaye

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