Lors de l’édition 2014 du CES à Las Vegas, Google a annoncé l’acquisition pour 3.2 milliards de dollars de Nest, une startup spécialisée dans la domotique, qui fabrique notamment des thermostats connectés et des détecteurs de fumée intelligents. Explications.

    Qui est Nest ?

    Fondée en 2010 par deux anciens ingénieurs de chez Apple, Tony Fadell et Matt Rogers qui avaient travaillé notamment sur l’iPod, Nest est une start-up située à Palo Alto, dans la Bay Area en Californie. Elle est voisine de Facebook, Google et Apple. Cette start-up a rapidement grandi pour atteindre jusqu’à 130 employés en 2012. La devise de Nest, c’est de “rendre les objets quotidiens de la maison encore plus intelligents grâce à un design unique et une connexion à Internet.”

    Tony Fadell en vient même à qualifier l’habitat équipé de Nest de “maison consciente”, un environnement dans lequel chaque objet de la maison auparavant purement passif deviendrait aussi intelligent et personnalisable que notre smartphone.
    Pour le moment, Nest dispose de deux produits phares : le Nest Thermostat (vendu $249) et le Nest Protect (vendu $129), un détecteur de fumée et de monoxyde de carbone.

    La marque Nest et ses produits phares : le Nest Thermostat et le Nest Protect

    La marque Nest et ses produits phares : le Nest Thermostat et le Nest Protect

    Le Nest Thermostat est programmable grâce à un smartphone ou une tablette pour ajuster exactement la température d’une pièce ou de toute la maison. Il se connecte également à Internet via Wi-Fi pour analyser et comparer la météo extérieure avec l’environnement intérieur en temps réel. Le thermostat intelligent dispose aussi d’un détecteur de mouvement qui permet de savoir quand vous n’êtes pas à la maison, afin d’ajuster la température et faire des économies d’énergie.

    Le détecteur de fumée et de monoxyde de carbone de Nest offre des fonctions de contrôle par smartphone et Internet similaires au thermostat. Il inclut également des alarmes vocales et la possibilité de contrôler l’appareil grâce aux mouvements de la main.

    Nest assure vendre plus de 50 000 appareils intelligents par mois.

    Le marché des objets connectés en pleine explosion

    Régler le chauffage de son domicile ou recevoir un SMS lorsque sa machine à laver est terminée : de plus en plus d’objets connectés débarquent dans nos intérieurs. Selon l’Institut spécialisé dans les télécoms Idate, 15 milliards de machines, de terminaux et d’objets étaient connectés à Internet en 2012 et ils seront 80 milliards dès 2020. Ces objets connectés devraient même ajouter 1 900 milliards de dollars de valeur à l’économie mondiale à l’horizon 2020, selon des estimations du cabinet américain de recherche Gartner (selon le cabinet McKinsey, ce serait même entre 2 700 et 6 200 milliards de dollars de valeur ajoutée à l’économie mondiale à l’horizon 2025).

    L’entrée en jeu des géants du web

    Surfant sur un secteur en pleine expansion, de nouveaux acteurs émergent. Les Etats-Unis comptent déjà quelques poids lourds. Ainsi, Nest était déjà valorisée à 800 millions de dollars lors d’une augmentation de capital en janvier 2013 avec, à l’époque, un seul produit commercialisé : un thermostat intelligent.

    La France a elle aussi ses sociétés pionnières, qui grandissent avec des levées de fonds et jouent la carte de l’international. Parmi elles, on retrouve Withings (pèse-personne, tensiomètres), Netatmo (stations météo, thermostat connecté), Parrot (sonde pour le jardin). L’optimisme des investisseurs se nourrit de plusieurs facteurs : la projection d’une très forte croissance du marché, la miniaturisation accélérée des objets qui s’accompagne d’une chute des prix, et surtout l’apparition de géants mondiaux capables de distribuer immédiatement et massivement les produits.

    Le pèse personne de Withings, la station de météo de Netaymo et la sonde pour les plantes de Parrot

    Le pèse personne de Withings, la station de météo de Netaymo et la sonde pour les plantes de Parrot

    C’est un élément fondamental : grâce à l’e-commerce et à des acteurs comme Amazon et Google, les produits peuvent acquérir rapidement une visibilité”, analyse Guillaume Meulle récemment entré au capital de Netatmo. “La valeur ajoutée de ces entreprises est d’imaginer des usages innovants et un design attractif ”, ajoute Jean d’Arthuys, actionnaire de la société Withings.

    Avec l’acquisition de Nest, Google compte bien se positionner et investir à long terme. Même constat du côté de Nest : “Avec l’aide de Google, Nest Labs sera encore mieux positionné pour concevoir des produits simples, intelligents, qui rendent la vie plus facile à la maison et qui ont un impact sur le monde” affirme Tony Fadell, PDG de Nest.

    Quelle stratégie derrière ce rachat ?

    En rachetant la start-up Nest pour près de 3,2 milliards de dollars (sa deuxième plus grosse acquisition derrière Motorola), Google a surpris tous les spécialistes et entre sur le marché des objets connectés.

    L’intérêt de Google pour Nest ne date pas d’hier. Google Ventures, le fonds d’investissement créé en 2009, avait déjà misé sur la start-up en 2011. Le groupe avait présenté son initiative “Android @ Home”. L’idée était déjà de pouvoir intégrer le système de Google dans la maison du futur. Parmi les exemples présentés à l’époque : le réglage de la luminosité d’une pièce à l’aide d’une ampoule compatible Android.

    Pourquoi Google a racheté Nest, start-up spécialisée dans la domotique ?

    Mais le géant de l’Internet s’est sans doute rendu compte qu’il lui manquait un certain savoir-faire pour concevoir des produits en ce qui concerne l’intégration matérielle. Nest est l’une des rares sociétés qui excelle à la fois dans le logiciel, le matériel et le service. Ce sont aussi les brevets de Nest qui ont intéressé le géant de la Silicon Valley, qui tombent directement dans sa poche.

    Pour Google, cet investissement est loin d’être anodin, il s’agit là de préparer la prochaine étape de son développement : celui des objets connectés qui, dans l’idéal, seront contrôlés par son infrastructure.

    S’immiscer dans nos maisons, et donc dans nos vies “off-line”

    D’après Carolina Milanesi, experte chez Kantar WorldPanel, le rachat de Nest est pour Google “un pas de plus dans le segment du matériel afin de mieux connaître encore les habitudes et les usages des utilisateurs. Google pourrait utiliser ces informations pour voir ce qu’ils pourraient créer de nouveau, quels produits pourraient séduire les consommateurs.”

    images (1)Et bien évidemment lorsque l’on pense à Google, on évoque forcément les données personnelles récoltées par la firme américaine. Rafi Haladjian, co-fondateur de Sen.se (l’entreprise qui commercialise la Mother) affirme que “le thermostat de Nest fonctionne en collectant des données sur l’environnement dans lequel il est, les habitudes de la maison, avant de s’auto-configurer. Ce fonctionnement fondé avant tout sur la collecte de Data et le développement d’algorithmes intelligents est bien évidement dans la culture de Google.”

    De son côté, Tony Fadell, PDG et co-fondateur de Nest, a répondu à la principale question qui a suivi l’annonce du rachat : l’acquisition va-t-elle avoir un impact sur la vie privée des utilisateurs ? Celui-ci se voulant rassurant, a expliqué que l’utilisateur sera informé des éventuels changements à venir. “À ce stade, il n’y a pas de changements. Les seules données collectées concernent nos produits et les améliorations que nous pouvons y apporter. S’il devait y avoir un changement, nous nous assurerions de rester transparents à ce sujet, et nous donnerions le choix à l’utilisateur de les accepter”.

    Pour combien de temps encore, that is the question…

    Article rédigé par Clément Boillot et Michael Tanrattana

    En savoir plus :

     

    Partager et découvrir:
    • Print
    • Digg
    • StumbleUpon
    • del.icio.us
    • Facebook
    • Yahoo! Buzz
    • Twitter
    • Google Bookmarks