Que vous soyez athlète de haut niveau ou joggeur du dimanche, de plus en plus d’objets connectés s’invitent dans votre séance de sport afin de mesurer vos performances. Ce phénomène, connu sous le nom de Quantified Self, encadre les sportifs avec, pour objectif premier, le dépassement de soi.

    Quantified Self : la conceptualisation et la démocratisation récente d’un principe ancien

    Le Quantified Self est défini comme étant “la connaissance de soi par les chiffres” selon les deux journalistes du magazine américain Wired, Gary Wolf et Kevin Kelly, inventeurs du terme en 2007. La devise de ce phénomène se compose de trois questions : “Que faites-vous ? Comment faites-vous ? Qu’avez-vous appris ?”. Ainsi, le Quantified Self s’applique principalement dans deux domaines proches où les performances du corps humain sont au centre des préoccupations : la santé et le sport.

    La mesure et la quantification des performances ne sont pas des principes nouveaux. En effet, les sportifs amateurs et professionnels utilisent depuis bien longtemps un chronomètre de poche pour déterminer leur temps de course. À plus haut niveau, des tests d’efforts peuvent être effectués à l’hôpital où le rythme cardiaque et la pression artérielle du sujet sur un tapis roulant ou sur un cyclo-ergomètre (vélo) sont évalués par le personnel médical à l’aide d’un appareillage  relativement volumineux.

    Or l’évolution dans les secteurs des nano-technologies et des technologies de l’information et de la communication a favorisé l’apparition de dispositifs de petite taille, mobiles, intelligents et connectés. Ces nouveaux appareils sont ainsi une aubaine pour les sportifs désireux de mesurer et quantifier leurs performances.

    Quantified self - USB

    Des outils au fonctionnement spécifique

    Les outils référencés comme des quantifieurs connectés peuvent être répertoriés suivant leur degré de spécialisation, comme nous l’illustrent les récents rapports d’entretiens conduits par Anne-Sylvie Pharabod et Véra Nikolski, chargées d’études chez Orange Labs.

    Ils peuvent être, en effet, généralistes et concerner toutes les activités (que ce soit pour la pratique de vélo, de la natation, de la course, de la musculation ou encore pour le sommeil ou l’alimentation). Ils peuvent être dits “intermédiaires” lorsqu’ils sont en classes d’activités (comme les sports, l’hygiène de vie, etc.) Enfin, ils sont considérés comme spécialisés quand ils portent sur une activité (le sommeil, le poids, l’humeur, etc.).

    Toujours selon ce même rapport d’Orange Labs, les outils disposent d’enregistrement de données selon différents modes : déclaratif, mixte ou “capteur”. Lorsqu’il s’agit de l’enregistrement des données en mode déclaratif, les données sont rentrées manuellement par l’utilisateur, tandis que pour le mode “capteur”, les données sont enregistrées grâce à des appareils à capteurs ou capteurs intégrés au smartphone. Le mode mixte, quant à lui, réunit les deux autres : capteur et déclaratif sont en effet mêlés dans la méthode d’enregistrement des données. Grâce à ces modes d’enregistrement de données, les outils produisent des données importables ou exportables, à garder pour son seul usage ou à partager sur les réseaux sociaux.

    Il faut noter que tous les outils existants promeuvent une certaine “gamification”. Les applications smartphones se veulent ludiques, pour le plaisir de chaque utilisateur, à tenter de vivre chaque effort, chaque objectif à réaliser, comme une sorte de jeu. Plus d’effort en vain, votre récompense est bientôt proche ! Badges à la clé, feed-back d’encouragement ou encore défis à relever face à vos amis, les moyens qui vous sont proposés sont nombreux. L’application téléchargée doit pouvoir vous donner envie de l’utiliser !

    Certains outils vous incitent à partager vos performances, vos efforts, et à créer ainsi des interactions avec vos amis sur les réseaux sociaux. Cependant, libre à vous de les garder anonymes et de n’en faire qu’une démarche personnelle.

    Une multitude de quantifieurs connectés au service des sportifs

    De fait, les objets connectés investissent toujours davantage l’ensemble des disciplines sportives sous diverses formes : applications pour smartphones, textiles intelligents, accessoires connectés.

    Quantified self - Accessoires

    Selon les prévisions du cabinet américain d’analyse et de conseil sur les techniques avancées – le cabinet Gartner – il existera 26 milliards d’objets connectés en 2020. Cette prévision va au-delà même du pronostic sur le nombre de tablettes, smartphones et PC, estimé (toujours selon Gartner) à 7,3 Milliards. Les objets connectés représentent donc un marché conséquent, qui générera un chiffre d’affaires supérieur à 300 milliards de dollars.

    Cette tendance s’est déjà illustrée au cours du Consumer Electronics Show (CES), le 7 janvier à Las Vegas, rendez-vous incontournable en matière d’innovation technologique en électronique. En effet le salon a, cette année, étendu sa surface d’exposition pour consacrer pas moins de 40% de son espace aux objets connectés. Il était notamment possible d’y découvrir le “D-shirt” des Français de Cityzen Sciences, qui a remporté un prix de l’innovation pour la santé au quotidien. Ce maillot intelligent est destiné à la course à pied et permet, grâce à de nombreux capteurs, de récolter des données concernant la géolocalisation, l’altitude, le rythme cardiaque ou encore la vitesse. Les données sont ensuite consultables sur smartphone ou tablette, via une application, afin de suivre ses propres performances de près et les améliorer ou alors de partager ses prouesses sportives sur les réseaux sociaux.

    La potentialité immense de ce marché s’exprime également par l’implantation prochaine de la première ligne de magasins d’objets connectés en France avec le réseau “LICK”. Selon Stéphane Bohbot, PDG du groupe Innov8 (initiateur du projet), 17 magasins s’ouvriront courant été 2014, partout en France. La chaîne compte s’imposer comme l’enseigne de référence en matière de produits high tech et d’objets connectés.

    Les objets connectés au quotidien : quelles utilités et quels enjeux ?

    Avec tous ces quantifieurs, le sport n’échappe pas aux nouvelles tendances qu’entraînent les nouvelles technologies : la personnalisation, la gamification et la sociabilisation. En effet, les applications et objets de Quantified Self sont conçus comme des jeux où le corps est l’interface et le support ludique. Et comme dans tout jeu, le but est de battre des records.

    L’exemple qui illustre le plus ces tendances est probablement la Babolat Play Pure Drive. Cette raquette connectée créée par la société française Babolat permet de mesurer ses performances personnelles, de se comparer avec les contacts de ses réseaux sociaux mais également avec les plus grands champions comme Nadal ou Federer !

    Quantified self - Raquette Babolat

    La raquette connectée Babolat Play Pure Drive et son dispositif

    Le but du Quantified Self s’avère ainsi être de pousser les sportifs au dépassement de soi en mesurant leurs performances et en les encourageant à aller au-delà. Avoir un élément de comparaison, que ce soit ses propres performances antérieures ou les performances d’un sportif professionnel, permet d’avoir des objectif moins abstraits pour pouvoir ensuite s’améliorer concrètement. Le Quantified Self peut donc ainsi remplacer votre coach personnel en faisant office d’auto-motivateur.

    Cap vers l’avenir :

    À l’heure du Big Data et du Cloud Computing, la problématique des données se pose : données sensibles, piratage, etc. En effet, qui dit objets connectés dit stockage d’informations sur des serveurs distants, et donc possibilité d’exploitation de ces données par une tierce personne (entreprises ou annonceurs, entre autres). Néanmoins, tout comme l’évolution majeure des smartphones ou des tablettes le laisse à penser, il est difficile d’imaginer que ces arguments représenteront un frein à l’essor de ces objets connectés, et ce, dans quelque secteur que ce soit. Ces objets connectés ne se limitent d’ailleurs absolument pas au marché du sport et envahissent d’autres champs tels que la santé, la domotique, les loisirs, etc.

    À l’heure du numérique, il semble complexe de prédire les risques réels liés à l’utilisation des données et le risque d’intrusion dans la sphère privée du sportif, tellement les canaux de diffusion vont devenir nombreux.

    Que les objets connectés enchantent ou dérangent, que l’on puisse les craindre ou les aimer, l’économie mondiale a saisi une chance de développer un marché grâce au potentiel des objets connectés. Quelle sera la part du progrès et celle des dérives ? L’avenir des objets connectés n’est pas tout tracé, leur histoire reste encore à écrire.

    Article rédigé par Lydie Braham Borie, Sébastien Jacob, Solène Martin et Justine Pourrat.

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